09.09.2011

El Mar

Como en un lecho me tendí en el mar.

Hechizada por musgos y por linos

tuve acoso de brazos peregrinos

que me echaban las ondas al pasar.

 

Contra mi carne se batió el azar.

El agua -furia, vértigos y vinos-

se entretenía con los bordes finos

de mis caderas, blancas de esperar.

 

Entonces: grave, pálido, insereno,

llegaste como llega siempre el mar

y tu mirada me rompió este seno.

 

Ni Dios mismo nos pudo separar:

cuando una ola te volvía ajeno

entrabas en mis piernas con el mar.

 

31.01.2011

Welcome 2011

Le plus normalement du monde, J. m’envoie un texto qui dit : Je suis aux urgences de l’hôpital de la Católica. Mon père est là mais il doit partir. Tu viens ?

 

Je viens mais je panique, ca te va ?

 

Je la retrouve couchée sur un lit à roulettes, on ne l’a pas encore admise. Elle a une thrombose dans le mollet droit, sans doute à cause de la pilule, lui a-t-on dit. Je prends tous ces papiers, sa carte d’identité, je vais aux guichets. Je suis en train de trembler. Je perds mon tour. Son père me rejoint. Il doit partir bosser. Il est médecin. Il a l’air calme. Je ne veux pas poser trop de questions. Mais je veux savoir. C’est grave, faudra-t-il l’opérer, va-t-elle souffrir ?

 

Plus tard. Un jeune médecin entre dans sa chambre, lui parle de la marche à suivre. Il y a des tests à faire, des trucs à prendre, elle devra s’auto-administrer un anticoagulant par voie intraveineuse. Une diététicienne. Plus de légumes verts. Une infirmière. Je sors de la pièce pour la prise de sang.

 

Le reste de la journée et celles qui suivent sont un peu floues. Je ne sais pas pourquoi je suis secouée de la sorte, c’est grave mais pas fatal. Je rentre à l’appart pour aller chercher un truc, que j’oublie finalement. J’y retourne. Le lendemain idem. Je dois aller signer mon contrat. Sa mère arrive d’Uruguay avec une pneumonie. Elle prend la relève même si elle devrait être au lit.

 

Ses parents sont formidables. Je parlerai d’eux. Je tiens vraiment beaucoup à J. Je demande à quelqu'un que personne n’a jamais vu de la protéger, elle et sa famille.

23.01.2011

Mi Cielito Lindo

En guise d’adieu, je suis sortie avec eux, très très tard ; l’aube était déjà proche. Je m’étais endormie vers minuit et vers deux heures du matin il frappait à ma porte, ils m’avaient appelée aussi mais j’avais éteint mon portable. J’ai dis : Donnez-moi vingt minutes. J’ai mis un débardeur noir très échancré, j’ai mis beaucoup de mascara. J’avais les joues roses de sommeil. Je me trouvais jolie. Je suis descendue un peu cérémonieusement, perchée sur des talons de 8cm, et ils n’ont même pas levé la tête. Je voulais être leur diva ce soir, mais, en quelques secondes à peine, voilà que tout est dégonflé. Je me suis demandée à qui ou à quoi j’aurais dû ressembler pour qu’ils fassent attention à moi. Ce n’était pas la première fois que je doutais de moi face à eux. Mais je voulais prouver quoi ? Je sais d’expérience que c’est un jeu auquel je n’allais pas gagner.

 

Dans la voiture, avec les fenêtres ouvertes. J’essaie de capter son regard dans le rétroviseur, je passe les mains sur le dossier du siège avant par l’interstice sous le repose-tête ; s’il se cale dedans, son dos écrasera mes doigts.

 

Le centre de Santiago. Il est presque trois heures maintenant. On s’introduit dans une galerie commerçante qui a dû connaitre son heure de gloire dans les années ’60. Tout est fermé, bien entendu, mais les néons éclairent le passage jusqu'aux ascenseurs. Un homme chétif et cerné en veste en cuir nous souhaite la bienvenue, nous indique l’étage. Je remarque qu’il a mis autant de mascara que moi.

 

Le tout dernier étage d’un gratte-ciel. Les lumières sont rouges et bleues, la vue depuis la terrasse est incroyable. La branchitude des convives contraste avec la vétusté des lieux. Pendant la semaine, c’est un club de membres. Ils y jouent au poker, font sans doute venir des putes. Eyes Wide Shut ? Oui, quelques choses dans le genre, me répondent-ils. J’aime beaucoup la musique qui passe. La faune est plutôt homo, bi, et autres orientations non-identifiées. L’uniforme : de fausses Ray-Ban aux montures fluo, des t-shirt à slogans, des jeans trop serrés. C’est électronique, c’est New-York, c’est eighties.

L. est en train de parler avec deux filles, puis avec un gars. Je le regarde du coin de l’œil. Il ne m’a toujours pas adressé la parole directement. Il revient vers nous en annonçant qu’il n’y a pas beaucoup de jolies filles ce soir. Je fais semblant de ne pas avoir entendu. Je vais danser. Je me prends un whisky-coca. Il y a un groupe de filles à côté de moi, la moitié a le crane rasé sur les côtés, l’autre de drôles de coupes asymétriques.

 

Un petit gros rigolo s’approche, il me prend une gorgée de whisky-coca, il se met à danser tout près de moi. Il est sympa, très gay. Ses amis s’approchent, il me les présente. Je danse avec eux. Il me touche les cheveux. Il me dit que je beeeeeeelle…Diva quand même, un peu. Madonna, Ibiza, David Guetta, et du boum boum boum. Il est presque cinq heures, les autres veulent partir. Je ne les ai pas vus depuis des heures. Ils sont saouls mais surtout dépités ; rien à se mettre sous la dent ici. Ils le répèteront encore dans la voiture puis à la maison. Je me demande pourquoi ils sont venus dans un after gay pour trouver des filles.      

 

Je réchauffe un reste de pâtes. L. me demande depuis la cuisine si on peut partager. Il regarde le plat, jamais moi.

L’autre dit : Encore un verre ? Ok. Je vois L. prendre sur ses genoux l’horrible mannequin sans bras et sans jambes qu’il avait mis dans le salon. Il lui parle, apparemment c’est Roxi de son petit nom. Il lui dit : Ah, il n’y a vraiment que toi…Elle ne lui répond pas. Elle n’a pas de cheveux, mais sa bouche a été peinte en fuchsia, ses pupilles en bleu. Il lui caresse un sein. Ses mamelons sont peints aussi, en brun foncé. On n’est pas loin de Guys and Dolls (le docu, j’entends). Bref, je suis écœurée.

 

La nuit est si courte à cette époque de l’année. A cinq heures et demie elle est lourde d’aube. Je voudrais m’endormir avant le jour. Je monte me démaquiller. Je fais glisser mon mascara sur la boule de coton huilée ; je me regarde un instant avec des yeux de panda.

 

Le lendemain, lorsque je suis enfin levée, je suis seule dans l’appartement. Je me douche et je petit déjeune et avant de partir je soulève Roxi et je la dépose face contre terre.  

21.01.2011

La chambre d'à côté

J’entends ta respiration. Je renifle ton t-shirt sale laissé dans la salle de bain. Je te croise dans la cuisine, j’évite tes invitées. Je découvre ta musique, tes pots de peintures, tes livres, tes photos. Je souris à la vue de tes baskets rouges.

 

Je me mets en scène. Je me maquille la nuit. J’enfile une robe à fleurs. Je t’attends à l’aube. Je fais sécher des roses dans un vase, peut-être que leur odeur te parviendra-t-elle ? Je danse seule face au mur. J’invente des histoires. Je te raconte aux étoiles.

 

J’ai mal à ce qui n'existe pas. Mon sommeil et le tien. Mon sommeil est le tien. Je t’attends à l’aube. Je ferme ma porte à clé. Je t’attendrai cette nuit encore. Je t’attends à l’aube.

13.01.2011

Laguna Verde

Je n’avais absolument aucune possibilité de partir en vacances cette année. Je n’ai pas un peso, un kopek, un franc à mettre de côté pour ce genre de choses. Je vis en mode « hand-to-mouth », de la main à la bouche, comme on dit joliment en Anglais.   

 

Et en plus de cela, EN PLUS, par un concours de circonstances des plus bizarres, la faute à pas de chance, ou une chance à saisir? je ne sais pas très bien…En fin le fait est que L. me demande mon avis parce qu’il pense venir habiter chez nous un petit temps. Je trouve l’idée plus que mauvaise mais en fait je me rends vite compte que mon avis n’était pas vraiment requis, c’était pour la forme voyez-vous, et encore. Il arrive dans quelques jours, je crois, et je me sens toute fébrile a l’idée mais pas fébrile-bien, plutôt fébrile-angoissée.

 

Et voila qu’Aa. m’invite à passer quatre jours à Laguna Verde, dans sa petite maison en bois, avec ses trois marmots et le petit ami d’un de ceux-ci. Je saute sur l’occasion, elle m’envoie quelques photos comme pour me convaincre de la beauté des lieux mais c’est inutile, mon sac est déjà fait. Elle passe me prendre le lendemain dans sa camionnette rouge. L’arrière est rempli de valises, de sacs de nourriture, de trucs de plage. Aa. a 47 ans et a plus d’énergie qu’une ado. Elle est juvénile et rigolote, une intello-sportive qui vous parle de Dostoïevski lors d’une balade à vélo. A ses côtés, les paroles d’Une Femme libérée me reviennent en mémoire : « Elle avoue son âge, celui de ces enfants, et goûte même un p’tit joint, de temps en temps »…

 

Avec elle, j’ai passé quatre jours merveilleux. Plage, promenades, lecture, barbecue et cette odeur enivrante de pins et d’eucalyptus partout dans l’air. Je me remets lentement du fiasco de la nouvelle année. J'ai voulu refaire ma vie si loin, et je me dis qu’il ne faut surtout pas perdre confiance. Faire confiance à l’autre, je veux dire et eliminer apres.

 

Une sorcière de rencontrée, oui...mais voici qu’arrive un ange dans ma vie.